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Céline Chadelat | Rédactrice Esprit Yoga

Rédactrice chez ESPRIT YOGA, Céline Chadelat est journaliste, auteure et conférencière. Elle a publié Le Mois d'Or, Bien vivre le premier mois après l'accouchement, et Thich Nhat Hanh, Une vie en pleine conscience

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Temps de lecture : 8 minutes (1691 mots)

Vrksasana, la posture de l’arbre : l’équilibre entre ciel et terre

 

L’arbre est universellement considéré comme un symbole du lien entre le ciel et la terre, entre la conscience et la matière. Une posture de yoga imite sa verticalité. Des racines aux sommités, des pieds à la tête, les polarités sont unifiées au centre pour amener équilibre à l’être.

 

 

Posture: Hélène Duval

Photos: Sébastien Dolidon

Copyright: Esprit Yoga

 

Comment comprendre et pratiquer la posture de l’arbre en pleine conscience ?

 

Grand classique de l’équilibre en yoga, Vrksasana inspire confiance par son apparente simplicité. Mais si l’on accepte de voyager au-delà de sa structure accessible, cette posture porte un fort potentiel de conscience de soi, ainsi que de nombreux bienfaits pour notre santé.

 

La symbolique de la posture de l’arbre : le cosmos en expansion

 

L’arbre représente la matrice de création de la vie dans de nombreuses traditions et cultures. Véritable archétype des cosmogonies, la représentation de l’arbre a permis d’illustrer le mouvement, s’il en est un, de la conscience non-locale à la conscience localisée. Le haut et le bas sont reliés et parfois inversés. Un reflet entre ciel et terre sans sens déterminé, rendant encore davantage plus incertaine cette apparente séparation entre l’univers et l’homme, entre le tout et la forme individuelle.

 

  • La représentation inversée de l’arbre dans la sagesse indienne

Ainsi, dans les Upanishads, l’univers est un arbre renversé, ses racines fermement arrimées au ciel et ses branches en appui au dessus de la terre toute entière. « Voici cet arbre de l'éternité, l'ashvattha, dont les racines sont au ciel, et les branchages en terre. Cela, qui est à la source d'un tel arbre, est assurément pur; et Cela est Brahman, et on Le dit immortel. Sur Cela, sont attachés tous les mondes, et il n'est rien au-delà. C'est en vérité Cela (Tat) que tu cherches. » (Adhyaya 2, Valli III).

Cette symbolique de l’arbre aurait, selon Mircea Eliade, historien des religions, une symbolique très solaire, figure du mouvement descendant de la création. Le Rig-Veda précise : « c’est vers le bas que se dirigent les branches, c’est en haut que se trouve sa racine, que ses rayons descendent sur nous ! »

  • La représentation classique de l’arbre et le cycle de la vie

L’arbre modélise la totalité de l’existence dans son continuum d’espace et de temps. Il croît depuis ses racines vers ses branches, il s’érige et quoi qu’immobile, il évolue dans une direction. Dans sa représentation classique, racine en terre, et branches vers le ciel, il symbolise le mouvement intérieur de l’obscurité de la vie sous-terraine qui, dans un mouvement ascendant, se dresse vers la lumière du soleil.

Puis, à l’automne, la sève retourne en terre pour se régénérer durant l’hiver. Les feuilles meurent et tombent. Elles fertilisent le sol en nourrissant l’humus des sous-bois et cette litière généreuse alimentera la vie à venir. Tout se transforme et change d’état…Même dans l’immobilité apparente de l’arbre.

  • La symbolique yogique de Vrksasana

Sous un angle yogique, Shri Mahesh, maitre de Hatha Yoga, nous explique le sens de la pratique de Vrksasana : « Depuis les origines les plus lointaines du monde, l’homme s’est identifié à l’arbre et en a fait le symbole de la totalité de son être. Le yoga ne sépare l’homme ni de la terre, ni du ciel. Les deux sont en lui, et dans cet exercice l’homme les réunit symboliquement »

Imiter l’arbre c’est adopter pendant quelques instants ses qualités de croissance dans l’immobilité. Ciel et terre sont réunis dans un espace intérieur pour créer les conditions de l’alchimie interne propre au yoga.

L’homme debout nourrit son feu transformateur, ses expériences deviennent des enseignements, il s’érige avec droiture en même temps qu’il s’enracine dans le monde du vivant. Les branchages de l’éveil suivent, en toute proportionnalité, la profondeur des racines de l’engagement dans la vie, sans quoi, le déséquilibre s’installera et le moindre coup de vent fera basculer une frêle édification intérieure.

 

 

Pratiquer la posture l’arbre en conscience : enracinement et centrage

Cette posture de yoga est un merveilleux exercice pour jauger l’état de votre agitation mentale et de votre concentration. A moins d’être très entraîné aux exercices d’équilibre, le chahut des pensées vous fera vite vaciller de droite et de gauche, vous entrainant dans le sillon des préoccupations quotidiennes.

Plus qu’une posture de balance, c’est un appel à rejoindre l’observateur en vous. Alors comment s’engager dans la posture ?

La traduction du texte classique, Gheranda Samhita, par Jean Papin énonce :

« Placer le pied droit contre la racine de la cuisse gauche et se tenir debout sur l'autre jambe tel un arbre en terre. Cela est connu comme vrikshasana, la posture de l'arbre. »

 

Le Dr Abby Ellsworth, figure de l’anatomie du yoga, détaille davantage l’engagement dans la posture.

  • Prenez la posture de la montagne ou de la prière (Smasthiti). Déplacez votre poids légèrement sur le pied gauche en gardant la plante du pied fermement collée au sol. Pliez le genou droit, et si vous en éprouvez le besoin, allongez la main droite pour saisir la cheville droite.

 

  • Tirez le pied droit vers le haut et placez la plante du pied contre l’intérieur de la cuisse gauche. Appuyez le talon droit à l’intérieur de l’aine gauche, tout en pointant les orteils vers le sol. Le centre du bassin doit être à l’aplomb du pied gauche.

 

  • Appuyez les mains sur le haut des hanches et assurez-vous de garder le bassin en position neutre et la ligne des hanches parallèle au sol. Puis placez vos bras et vos mains en prière. Dégagez votre nuque en laissant vos omoplates se poser dans votre dos et vos épaules s’abaisser.

 

  • Allongez le coccyx vers le sol. Pressez fermement la plante du pied droit contre l’intérieur de la cuisse, tout en opposant une résistance avec la partie extérieure de la jambe gauche. Joignez les mains et regardez un point fixe au sol, en face de vous, à une distance d’1,5 mètre, ou fixez-le sur un point de votre horizon.

 

  • Maintenez la posture pendant 1 minute ou comptez un cycle de respirations.

 

  • Pour quitter la posture, sur l’expiration, abaissez les mains doucement, puis la jambe droite, qui se pose au sol le pied bien à plat.

 

Il existe plusieurs variantes à cette posture, tant en termes de placement des mains, du regard ou de la respiration. Ainsi, il vous est possible de placer vos bras au dessus de la tête, en gardant les mains en prière ou non. La respiration Ujayi peut également être pratiquée après que la posture physique soit parfaitement maitrisée.

Enfin, le challenge des yeux clos amènera une grande difficulté à la pratique mais vous permettra de prendre conscience de votre merveilleux système neuromusculaire, des centres d’équilibre de votre oreille interne et de la communication permanente entre votre cerveau et vos muscles posturaux.

 

La conscience du corps au cœur de la posture

 

Cette posture, comme bien d’autres, est une invitation à la concentration. Ainsi, une fois que Vrksasana est prise, que votre respiration est stable et votre regard fixe, placez votre conscience sous la voute plantaire de votre pied au sol. Sentez les interactions entre la surface du sol et l’ensemble des petits muscles qui équilibrent à chaque instant votre corps. A l’instant où votre attention sera entière sous votre pied, votre posture se stabilisera et deviendra ferme. Votre pied vous semblera de plus en plus fort et vous percevrez le précieux soutien de ce membre.

Répétez cet exercice jusqu’à ce que cette attention devienne naturelle et qu’elle se poursuive dans votre journée, lorsque vous marchez, que vous vous tenez debout, pendant que vous cuisinez. La conscience sous les pieds est un puissant exercice d’enracinement. Là où l’attention va, l’énergie va.

Enfin, quand cette stabilité est ancrée, placez votre conscience au centre de votre corps, en ce point intérieur où ciel et terre s’unissent pour engendrer l’alchimie interne. Cette découverte peut prendre plus de temps, voire des heures et des heures de pratique des postures d’équilibre. Quand l’attention est stabilisée sur ce point intérieur, une douce chaleur se dégage dans le corps et nourrit en profondeur notre énergie vitale. La respiration devient très profonde et ventrale.

Retenons que l’enracinement est primordial et essentiel à toute croissance, d’autant plus si elle se veut spirituelle. Le monde d’en haut est léger et éthéré. Et si l’on veut vivre une vie équilibrée en tant qu’homme debout, entre ciel et terre, ce retour à l’enracinement profond est un gage d’harmonie. Aucun mouvement ascendant ne peut contrer la force du vent, s’il n’est pas en égale proportion, implanté dans le sol de la vie.

 

Les bienfaits de la pratique de la posture de l’arbre

 

D’un point de vue physique, la posture de l’arbre renforce les jambes et les chevilles, étire l’aine, l’intérieur des cuisses et la poitrine. Cette posture est bénéfique en cas de sciatique et pour améliorer le sens de l’équilibre.

Du point de vue physiologique, cette posture soutient le travail d’homéostasie du corps et amène équilibre intérieur et mieux-être. Enfin, Vrksasana apaise le système nerveux central, calme le mental et stimule les facultés de concentration. Elle aide à apprivoiser les qualités de patience, de calme et d’ancrage.

 

Les contre-indications à la pratique de la posture de l’arbre

 

Cette posture vous est déconseillée si vous avez de l’hypotension artérielle, si vous souffrez de blessures importantes aux genoux, aux chevilles et aux pieds ou si vous avez des maux de tête. Les personnes atteintes d’hypertension garderont les bras à hauteur du cœur, les mains en prière.

Si vous êtes hypermobiles, veillez à ne pas verrouiller vos genoux pendant la pratique et à les garder légèrement fléchis.

Bonne pratique ! Namaste.

 

 

Sahra Leclerc est yogini, enseignante et contemplative: "c'est avec une profonde révérence pour la Nature, que j'aspire à partager tout ce qu'elle m'apprend. Gourmande mais consciente de ma consommation, l’ayurvéda accompagne mes repas et mon style de vie. Pour tout le reste, il y a le rire de soi, l'amour des autres et le chocolat". 

 

Ces conseils et ces pratiques posturales sont à retrouver dans le magazine Esprit Yoga accessible ici. 

 

 

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